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Jacaranda Health : l'équipe qui a fait d'un SMS un service de santé maternelle

Jacaranda Health : l'équipe qui a fait d'un SMS un service de santé maternelle

Publié aujourd'hui

En 2010, Nick Pearson se lance un défi : rendre l'accouchement plus sûr au Kenya. Seize ans plus tard, son équipe répond aux futures mères par SMS, avec une IA qui trie les questions et des infirmières qui prennent les urgences. L'histoire d'une équipe qui a changé de cap plus d'une fois, pour tous ceux qui conçoivent des services de santé ou d'IA pour des personnes sans smartphone.

Un décès qui n'aurait pas dû arriver

L'histoire de Jacaranda Health commence par un deuil. L'épouse de Nick Pearson, gynécologue-obstétricienne dans l'ouest du Kenya, perd une amie pendant un accouchement. De meilleurs soins l'auraient facilement évité, selon elle, rapporte la fondation Mulago, qui soutient Nick Pearson.

À l'époque, il investit dans des entreprises kényanes pour le fonds à impact Acumen. Il mesure à quel point le système de santé a besoin d'être renforcé, et la marge de progrès possible. En 2010, il fonde Jacaranda Health pour apporter aux soins maternels la rigueur d'une entreprise.

D'abord un hôpital, puis un changement de cap

Jacaranda commence par soigner elle-même. D'abord des cliniques mobiles, puis des maternités à bas coût pour les mères de la périphérie de Nairobi.

Puis l'équipe regarde les chiffres. Vers 2017, elle constate qu'environ 80 % des Kényanes accouchent dans un hôpital public, a raconté Nick Pearson dans un podcast de Dimagi en 2023. L'impact se joue dans le système public, pas dans une chaîne de cliniques privées.

Jacaranda transforme donc ses maternités en entreprise sociale indépendante et se met à travailler avec les gouvernements des comtés. Certains financeurs, qui connaissaient Jacaranda comme une entreprise hospitalière, s'en vont. La leçon qu'en tire Nick Pearson : expliquer un changement de cap avec plus de soin qu'on ne le croit nécessaire.

Le SMS qui est devenu un service

Dans les hôpitaux publics, Jacaranda apporte la formation des infirmières et un service de SMS, PROMPTS. Au départ, il envoie simplement aux femmes enceintes des rappels de rendez-vous.

Puis les mères se mettent à répondre. L'avocat est-il sans danger pendant la grossesse ? Ce gonflement est-il normal ? Dès 2019, le codirecteur exécutif Sathy Rajasekharan, passé par la recherche clinique et par la Clinton Health Access Initiative, racontait que l'équipe avait vite compris que les mères avaient énormément de questions.

L'équipe décide d'y répondre. PROMPTS reçoit aujourd'hui environ 15 000 questions par jour, selon NPR. À l'arrivée de Jay Patel, directeur technique de Jacaranda, il en recevait moins de 100.

Pensé pour le téléphone qu'elle a en main

Le choix décisif, c'est le canal. PROMPTS fonctionne uniquement par SMS. Il est gratuit pour l'utilisatrice et marche sur un téléphone basique, sans forfait data ni internet.

Ce choix part de la réalité des utilisatrices. Comme l'a expliqué Jay Patel à NPR, une mère du Kenya rural qui commence à saigner en pleine nuit ne peut pas simplement chercher la réponse en ligne. Un SMS, elle peut l'envoyer.

Le service parle anglais, swahili et sheng, la langue de la rue à Nairobi qui mêle les deux. Il est utilisé dans les cliniques publiques de 24 comtés kényans et touche environ 700 000 femmes par an, selon NPR.

La machine trie, les infirmières répondent

Face à l'afflux de questions, l'équipe ajoute l'apprentissage automatique. En 2023, Nick Pearson et Sathy Rajasekharan décrivaient un modèle qui lit chaque message, comprend ce que demande la mère et ne répond seul que s'il est sûr de lui à au moins 90 %. Tout le reste part vers un humain.

Le principe tient toujours en 2026. Environ 7 % des messages sont signalés comme potentiellement urgents, rapporte NPR. Ils ne reçoivent pas de réponse automatique et passent dans une file prioritaire, où une infirmière consulte le dossier de la mère puis l'appelle. Une équipe de 18 infirmières surveille le service jour et nuit et contrôle les réponses.

C'est sur la langue locale qu'une IA généraliste trébuche. Une mère qui écrit que son bébé « ne joue pas » parle des mouvements du fœtus, pas d'un nourrisson qui s'amuse, expliquait Sathy Rajasekharan en 2025. Un modèle entraîné ailleurs passerait sans doute à côté.

Chaque heure compte

Le Kenya enregistre environ 6 000 décès maternels par an, selon NPR. Près d'un tiers seraient liés à un retard dans le recours aux soins. C'est ce délai que vise PROMPTS : les heures entre un symptôme inquiétant et la consultation.

Les messages produisent aussi des données pour les hôpitaux publics. Les retours anonymisés montrent aux médecins où les soins sont inégaux : la prise de tension est courante, par exemple, alors que l'examen des seins reste rare.

Le vrai coût de l'humain dans la boucle

Le service coûte environ 2 dollars par utilisatrice, pour la grossesse et la première année après la naissance. Jacaranda prend ce coût en charge : les mères ne paient rien.

Les infirmières sont ce qui rend le système fiable. Ce sont aussi elles qui le rendent coûteux à étendre. Jacaranda déploie désormais PROMPTS dans certaines régions du Ghana, du Nigeria et de la Tanzanie, avec des versions en twi et en haoussa.

Les chercheurs interrogés par NPR reviennent tous à la même question : que se passe-t-il quand l'IA classe un message urgent comme banal, et en combien de temps l'erreur est-elle repérée ? Aucune évaluation indépendante de PROMPTS ne figure dans les sources que nous avons consultées.

L'équipe de Nick Pearson a déjà réinventé son modèle une fois, en quittant ses propres maternités pour le système public. La prochaine épreuve, chaque nouvelle langue l'apporte : la file des infirmières pourra-t-elle suivre en haoussa et en twi comme elle le fait en sheng ?

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