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InReach : l'ingénieur camerounais qui veut traduire le Web en langue des signes grâce à l'IA

InReach : l'ingénieur camerounais qui veut traduire le Web en langue des signes grâce à l'IA

Publié hier

La traduction en langue des signes par l'IA peut-elle ouvrir le Web aux personnes sourdes ? Au Cameroun, l'ingénieur Duclair Fopa Kuete et son équipe développent InReach, un outil qui veut traduire les contenus numériques en langue des signes, sans que les sites aient à changer. Un portrait pour les développeurs, les entrepreneurs et tous ceux qui conçoivent pour le Web.

Plus de 300 langues des signes, un Web qui n'en parle aucune

Le monde compte plus de 70 millions de personnes sourdes, selon la Fédération mondiale des sourds, citée par les Nations unies. Plus de 80 % d'entre elles vivent dans des pays en développement. Elles utilisent plus de 300 langues des signes différentes.

Sur Internet, l'information passe surtout par l'écrit et la vidéo parlée. Pour une personne dont la première langue est une langue des signes, une page web reste donc une page dans une autre langue.

C'est ce fossé que Duclair Fopa Kuete a choisi de combler.

Une traduction en langue des signes faite sur l'appareil

InReach prend le problème par l'autre bout. Au lieu de demander à chaque site de se transformer, l'outil veut traduire les contenus du côté de l'utilisateur. C'est ce qu'explique Duclair dans un entretien publié en décembre 2025 par la newsletter The African Innovators Series.

Selon lui, le traitement se fait sur l'appareil et fonctionne hors connexion. Le texte est d'abord converti en SignWriting, un système d'écriture des langues des signes. Puis en postures en 3D, qu'un personnage animé reproduit à l'écran.

Une langue des signes de plus, un modèle de plus

Ce passage par l'écrit a une conséquence pratique. Pour ajouter une langue des signes, il suffit d'entraîner un seul modèle de traduction, explique-t-il.

L'équipe cite la langue des signes camerounaise parmi ses exemples. Elle prévoit d'aller ensuite vers d'autres langues des signes africaines.

Conçu avec des enseignants sourds

Le premier prototype a été construit en trois mois. Il a été testé avec plus de 25 enseignants sourds, que l'équipe présente comme des cocréateurs.

L'outil est prévu en extension de navigateur, en application web et en applications mobiles. L'équipe n'a pas encore communiqué de chiffres d'utilisateurs.

De Dschang au Prix spécial du président

Duclair commence l'informatique à l'université de Dschang en 2018, puis enseigne Python dans un lycée de la région de l'Ouest. Il cofonde InReach avec Leonel Kelias Tuegno Tagne et Chu Princewill.

En novembre 2025, à Bafoussam, il remporte la première place d'un concours régional d'innovation en santé. Huit mois plus tard, le 30 juillet 2026, il fait partie des vingt candidats qui ont chacun huit minutes pour convaincre le jury de la Semaine de l'innovation numérique, à Yaoundé.

Le lendemain, il reçoit le Prix spécial du président de la République, doté de 10 millions de francs CFA, annonce le ministère des Postes et Télécommunications. Sa règle tient en deux mots, qu'il formule en anglais : « Build anyway. » Construire quand même.

La question qui reste

Le Cameroun avait placé sa Semaine de l'innovation numérique 2026 sous le signe de l'IA. InReach en montre un usage précis : ouvrir l'accès à l'information à ceux qui en sont exclus.

Reste à savoir qui financera, demain, le travail sur chaque langue des signes africaine, avec les communautés sourdes qui les pratiquent.

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