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Impact IA 2026 : de la vision aux cas d'usage, vraiment ?
Publié aujourd'hui
Du 9 au 11 septembre 2026, Abidjan a accueilli la deuxième édition d'IMPACT IA, la conférence nationale ivoirienne consacrée à l'intelligence artificielle. Le thème de cette année était clair : « De la vision aux cas d'usage : structurer l'IA nationale pour résoudre nos défis prioritaires ».
Un an plus tôt, la première édition appelait déjà à passer « du verbe à l'action ».
Cette fois, le vocabulaire a changé. On parle de cas d'usage, d'exécution, de résultats mesurables.
Alors, un an après, qu'est-ce qui a réellement bougé ?
Trois jours pour passer du discours au concret
Pendant trois jours, Latrille Events, à Cocody, a réuni responsables publics, entreprises, chercheurs, startups et acteurs de l'écosystème autour de l'intelligence artificielle.
La deuxième édition s'est déroulée les 9, 10 et 11 septembre, avec une première journée consacrée à des ateliers de travail autour de plusieurs secteurs prioritaires, puis deux journées ouvertes au public avec conférences, masterclasses, démonstrations et échanges entre acteurs de l'écosystème.
Une vingtaine d'entreprises technologiques ont également présenté des solutions autour de l'IA, de la cybersécurité, de l'éducation et des infrastructures numériques. Parmi elles, Farafinah Kanu présentait notamment Boussole IA, un outil destiné à aider les entreprises à évaluer leur maturité face à l'intelligence artificielle.

Sur place les 10 et 11 septembre, on a pu suivre plusieurs masterclasses qui donnent un aperçu plus concret de ce qui se construit derrière les grands chiffres. Bakary Diarrassouba, de Souba, a montré comment créer un agent IA pour digitaliser une tâche métier : un cas d'usage pensé et exécuté localement, pas un cas d'école. TIA Prince a abordé la mise en conformité cyber et la gestion des risques liés aux données, une question qui revient, sous une forme ou une autre, dans quasiment toutes les stratégies IA nationales. Et Isaac Bayoh et Mariama Diallo, respectivement de FuturAfric et AethexAI, ont présenté des travaux sur l'IA en langues locales ivoiriennes : le même problème, la même urgence, que celle qui pousse une entreprise comme Lelapa AI à construire depuis l'Afrique australe plutôt que d'attendre une traduction venue d'ailleurs.
Mais l'élément le plus intéressant s'est peut-être joué avant même la cérémonie officielle.
Lors des ateliers du 9 septembre, des acteurs de l'administration, de l'agriculture, de l'éducation, de la santé et du secteur privé ont travaillé à identifier des problèmes auxquels l'IA pourrait apporter des réponses concrètes.
Onze cas d'usage prioritaires en sont ressortis.
C'est précisément là que le thème de cette deuxième édition devient intéressant : on ne parle plus seulement de ce que l'IA pourrait changer. On commence à nommer les problèmes qu'elle doit aider à résoudre.
La question n'est plus de savoir s'il faut y aller
Lors de l'ouverture officielle, le Premier ministre Robert Beugré Mambé a lui-même insisté sur le passage de la vision à l'exécution et sur la nécessité de faire passer les initiatives de l'expérimentation au déploiement.
Le ministère de la Transition numérique et de l'Innovation technologique, dirigé par Djibril Ouattara, a de son côté présenté son Plan d'accélération 2026-2028 : sept piliers et 40 projets prioritaires, avec notamment l'IA, la cybersécurité, les compétences numériques et le développement de l'écosystème de l'innovation technologique.
Un point mérite d'être noté, précisément parce qu'il est facile à raconter dans le mauvais sens : l'audit n'est pas arrivé après la conférence pour la justifier, il l'a précédée. Le partenariat avec Mistral a été signé le 17 août, trois semaines avant l'ouverture d'Impact IA : l'évaluation de l'écosystème est venue nourrir les ateliers, pas l'inverse. Ce n'est pas un détail : c'est la différence entre une conférence qui produit des intentions et une conférence qui trie, dans des données déjà réunies, ce qui est réellement prioritaire.
Douze étudiants ivoiriens ont également reçu des bourses de formation dans les domaines de l'IA, de la science des données et des métiers associés, dans le cadre du partenariat entre le ministère et Aivancity.

Autrement dit, les briques commencent à apparaître : cas d'usage, compétences, infrastructures, financement, gouvernance.
Mais une stratégie ne devient pas une transformation simplement parce qu'elle est désormais écrite dans un plan.
Et la souveraineté dans tout ça ?
C'est probablement l'un des sujets les plus intéressants de cette édition.
La Côte d'Ivoire veut développer une IA capable de répondre à ses propres priorités, renforcer ses compétences et structurer ses infrastructures numériques.
Dans le même temps, le pays travaille avec des acteurs technologiques internationaux. Le partenariat avec Mistral, signé en août 2026, doit notamment contribuer à l'étude et à l'évaluation de l'écosystème ivoirien de l'IA.
Cela pose une question qui dépasse largement le cas ivoirien :
Comment construire une capacité locale sans se couper des technologies et des expertises développées ailleurs ?
La réponse ne tient probablement pas dans le choix entre « tout local » et « tout international ».
Elle tient davantage dans la capacité à maîtriser ce qui est stratégique : les données, les infrastructures, les compétences, les usages et les conditions dans lesquelles les technologies sont déployées.
C'est aussi pour cette raison que la question de l'infrastructure mérite d'être davantage présente dans les discussions sur l'IA.
Une IA peut être conçue localement. Les données peuvent être produites localement. Les cas d'usage peuvent répondre à des réalités locales.
Mais où tournent les modèles ? Où sont stockées les données ? Qui opère les infrastructures ? Qui maîtrise les environnements dans lesquels ces systèmes fonctionnent ?
Ces questions font partie du sujet et c'est aussi celle à laquelle doit répondre tout acteur du cloud panafricain, Hodi y compris. Ni le Pacte de l'Alliance nationale, ni le partenariat avec Mistral, ni le Plan d'accélération 2026-2028 n'y répondent explicitement à ce stade : ils fixent des priorités d'usage, pas encore un cadre d'infrastructure. C'est la prochaine question à laquelle la Côte d'Ivoire devra répondre, pas dans un an, mais dans les prochains mois, à mesure que les onze cas d'usage passent du papier au prototype.
La Côte d'Ivoire n'est pas seule sur ce terrain : le Rwanda, le Sénégal et l'Égypte avancent chacun sur leur propre stratégie nationale. Ce qui distingue une démarche d'une autre, ce n'est pas l'ambition affichée : elle est partout la même. C'est la méthode : auditer avant de prioriser, prioriser avant de multiplier les cas d'usage, signer un pacte de responsabilité plutôt qu'une déclaration d'intention. C'est cette séquence-là, plus que le résultat final, qui mérite d'être regardée au-delà des frontières ivoiriennes.
Des cas d'usage, oui. Mais jusqu'où ?
La clôture d'IMPACT IA a donné lieu à la signature du Pacte de l'Alliance nationale pour l'intelligence artificielle entre l'État et le secteur privé. Le texte met notamment en avant la structuration des données, le renforcement des infrastructures numériques, le développement des compétences, le soutien à la recherche et à l'innovation ainsi qu'un cadre éthique et responsable.
La direction est donc clairement affichée.
La prochaine étape sera plus difficile à mesurer : combien de cas d'usage passeront effectivement à l'expérimentation ? Combien iront jusqu'au déploiement ? Quels résultats produiront-ils ? Et surtout, quelles capacités resteront durablement en Côte d'Ivoire ?
C'est là que se jouera, en partie, la différence entre une stratégie IA et une véritable capacité nationale à utiliser, développer et maîtriser l'intelligence artificielle.
La vraie question pour la troisième édition
IMPACT IA 2026 aura permis de faire émerger des cas d'usage, des engagements et de nouvelles briques opérationnelles.
La troisième édition aura, elle, un avantage : elle pourra regarder derrière elle.
Quels projets auront réellement été déployés ?
Quels talents auront été formés ?
Quelles infrastructures auront été renforcées ?
Quelles solutions auront trouvé leur place dans les administrations et les entreprises ?
Et surtout : qu'est-ce que la Côte d'Ivoire sera alors capable de faire elle-même ?
C'est probablement à ce moment-là que l'on pourra véritablement mesurer le chemin parcouru entre la vision et les cas d'usage.